La culture catholique en France au XX° siècle

Paru dans Luces y sombras, Comares 2018

La culture catholique en France au XX° siècle

Historiquement, la France est à la fois « la fille ainée de l’Eglise » et la fille ainée de la révolution. Les Lumières qui enclenchent la modernité émancipatrice, sont en général inscrites dans la religion originelle (Lumières écossaises, Lumières américaines), mais en France au contraire elles s’instaurent contre la religion (Lumières françaises). Ainsi, depuis la période révolutionnaire, en France l’effacement du christianisme est une sorte de devoir émancipateur. Les clercs y sont mal aimés, les théologies de remplacement y foisonnent. La religion est facilement considérée comme un « grand récit » particulièrement oppressif, et l’Eglise catholique se voit bien souvent réduite à la mémoire de son inquisition : par un truchement odieux, alors que les deux totalitarismes du XX° siècle ont fait quelques cent millions de morts au nom de l’athéisme, les supporters de Dieu sont dépeints comme les plus grands bandits de l’histoire occidentale.

On considère généralement que la France et la République tchèque sont les pays les plus athées de l’Europe. Les causes de ce phénomène sont inextricables. Cependant on peut noter deux facteurs, donc chacun fera ce qu’il voudra. Le premier : sur l’ensemble du continent, c’est en France (persécutions des protestants) et en Bohême (persécutions des hussites) que les guerres de religion ont été les plus violentes. Le second : ces deux pays ont vu leur aristocratie foudroyée ; la noblesse française a été tôt assujettie par les rois centralisateurs : la noblesse tchèque a été anéantie en 1620 dans la bataille de la Montagne blanche. Un pays sans aristocratie accorde une importance extrême aux intellectuels, qui dès lors constituent l’élite. La France est dominée depuis le XVIII° siècle par ses philosophes, en général athées. En Bohême Masaryk, Patocka, Havel, sont agnostiques. Ici et là l’élite est constituée par une pensée critique.

Le XX° siècle français, d’un point de vue catholique, a été très marquée par le maurrassisme. Il s’agit d’une vision sociologique de la religion, et sans doute peut-on dire que Maurras est le descendant de Machiavel. Le catholicisme est considéré comme un aimable conte qui maintient l’ordre et la morale, et la foi comme un attachement naïf réservé aux femmes et aux enfants. Le maurassien est pratiquant mais pas croyant. Il respecte la religion en vue du lien social. Or une religion sociologique est vouée à s’effacer derrière la sociologie qui la porte. Les progrès de l’émancipation au cours du XX° siècle (et notamment celle des femmes, maillon essentiel de la pratique religieuse), font éclater la légitimité de la pression sociale, derrière laquelle il ne reste rien. Si la religion est une façade, elle ne tient finalement que par la peinture.

Pour les générations de la deuxième moitié du XX° siècle, le marxisme omniprésent a remplacé la religion. Puis le marxisme engendre lui aussi la déception. Et l’on se trouve au bout du compte dans la situation décrite ironiquement par Woody Allen : « Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens plus très bien ».

Cependant il est clair que ce n’est pas le christianisme qui s’efface, mais la chrétienté. La chrétienté désigne une société dans laquelle l’anthropologie chrétienne, la morale chrétienne, habitait nos coutumes, nos modes d’être, nos mentalités, et irriguait nos lois. Ce n’est plus le cas. Nos lois et nos morales sont inspirées par toutes sortes d’autres visions du monde. Si se pose une question comme celle de l’euthanasie, on interroge des Comités d’éthique dans lesquels toutes les religions, et pseudo-religions, sont représentées. En revanche, naturellement, le christianisme existe bien, même s’il devient peu à peu minoritaire. Que sommes-nous alors en train de devenir ?

On parle beaucoup de nihilisme. Je crois plutôt que nous sommes en train de devenir païens. Il y a une différence profonde entre le nihiliste et le païen, ils ne sont pas du tout assimilables. 

La différence entre eux est celle-ci : le paganisme est viable. Je m’explique. Quand Dostoïevsky s’écrie « si Dieu n’existe pas, tout est permis », c’est une boutade, un extrémisme typiquement russe. C’est faux. Les peuples sans monothéismes ont des morales comme nous, et Péguy écrivait dans Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle : « qu’il y ait eu tant de peuples et tant d’âmes où le christianisme n’ait pas mordu, n’ait pas atteint ; tant de peuples et tant d’âmes qui aient vécu abandonnées, et qui ne s’en soient, qui ne s’en sont pas trouvés plus mal, mon ami, là, exactement là, malheureusement là est le secret, le creux du mystère »[1]. Il ne faut donc pas croire que si le christianisme s’effondre, tout s’effondre avec lui. Non. En-dessous revient le paganisme, qui est la soupe primordiale de l’humanité, une sorte de culture naturelle, si je puis me permettre cet oxymore.

Il y a pourtant un courant nihiliste/relativiste dans notre culture, courant à la fois violent et limité. Si l’on veut faire sa généalogie, on partira de Diogène le cynique pour passer par Sade et arriver par exemple à Michel Foucault. C’est une pensée qui veut non pas changer de culture, mais briser l’anthropologie elle-même, ce que Mauss et Lévy-Strauss appelaient « le socle ». Par exemple Diogène disait qu’il fallait pratiquer l’inceste. Les lois sur le mariage homosexuel appartiennent à ce courant, c’est du nihilisme. Aucune société humaine n’a légitimé ce genre de pratique, même s’il y a eu des individus qui les prônaient (en l’occurrence nous avons Néron). Diogène, parce qu’il était un bouffon plein d’esprit, faisait rire les Athéniens, mais ceux-ci se seraient bien gardés de le mettre au pouvoir… Je ne crois pas que nous devions nous inquiéter de cela plus que de raison. Nos sociétés ne deviendront pas nihilistes. C’est un cynisme élitaire qui fait beaucoup de bruit et ne remue pas en profondeur.

En revanche le paganisme est davantage à prendre au sérieux. Car il est viable et à ce titre, il se répand. Prenons l’exemple d’autres lois dites sociétales : celle de l’avortement ou de l’euthanasie. Ce ne sont pas des lois nihilistes, mais typiquement païennes. Elles signifient que la vie humaine n’a de valeur qu’en fonction de celle que la société lui confère (et non pas une valeur intrinsèque, comme dans le christianisme). Toutes les sociétés du monde, à part les nôtres, jettent au fleuve les enfants mal-formés ou surnuméraires, font mourir les vieillards trop épuisés, et admettent le suicide. Lorsque nous prônons l’euthanasie ou l’IVG, nous redevenons simplement païens. L’ampleur de la « manif pour tous » en France signifie qu’il y existe une lutte acharnée entre le christianisme et le nihilisme/paganisme.

Pensons aux évolutions qui ont eu lieu depuis seulement une vingtaine d’années concernant le phénomène religieux en général.

Nous partons d’un moment de l’histoire (XVIII° à la presque fin du XX°) pendant lequel on a cru que la science allait répondre à toutes les questions existentielles. Cela a été le cas de tous les courants scientistes et idéologiques, largement dominants pendant cette période. Dans ce moment particulier de l’histoire de l’esprit, la croyance au Progrès laissait penser que l’interrogation religieuse s’éteindrait devant les avancées de la science (ou que l’interrogation religieuse n’aurait pour légitimité que l’ignorance devant le sens de la vie, ignorance bientôt comblée par les réponses scientifiques). Ainsi, la croyance religieuse n’apparaissait plus que dans le cerveau des « demeurés », au sens étymologique du terme. 

Cette certitude a fait long feu, probablement devant le mal-être des populations des trente glorieuses, à la fois pourvues d’abondance et dépouillées de sens. On s’aperçoit que l’athéisme lui-même était une nouvelle religion, car chercher à affirmer la non-existence de Dieu, c’est encore vouloir démontrer un absolu, et l’athéisme représente encore un meta-récit. Dès lors qu’on ne peut plus « prouver » Dieu, on ne peut pas non plus le nier objectivement.

Le renouveau récent des croyances répond à la quête d’un sens que la rationalité toute-puissante n’a pas pu apporter. Alors qu’on croyait la croyance religieuse effacée à jamais par l’âge scientifique, nous assistons à une renaissance de la religion au sein de la post-modernité. Pendant qu’en Occident des écrivains comme Debray, Vattimo, Engelhardt, s’affichent désormais croyants, la Chine compte à présent davantage de croyants (plus de 100 millions) que d’inscrits au Parti unique (65 millions). On pourrait citer bien des exemples de cette évolution récente. Il devient difficile de prétendre que la religion est affaire de « demeurés ».

Ce qui pourrait nous arriver consiste en ceci : la préférence pour les sagesses au détriment de la religion. Et pour plusieurs raisons : 

–parce que la sagesse est immanente (nous sommes revenus sous un ciel grec, parce que nous croyons que Dieu nous a abandonné), et le mouvement de la verticalité a perdu de sa force à une époque où c’est l’espace qui prime sur le temps. Les philosophies du soupçon ont bien joué leur rôle : l’homme contemporain a le sentiment d’avoir créé Dieu, et ne veut plus vivre de chimères 

–parce qu’elle offre une morale sans doctrine religieuse véritable, et ce que nous refusons avec force, ce sont les doctrines, les théologies et les catéchismes (qui nous rappellent trop les « grands récits »), en revanche nous voulons le bien et la morale que justement les grands récits ont fait passer au second plan. Partout nous avons l’impression que ce sont les religions, spirituelles ou séculières, qui ont écrasé les hommes 

–dans ce qu’elle contient de fusion avec la nature : et la sophistication décadente de la civilisation au XX° siècle (ce que JF Mattéi appelle la barbarie intérieure) a fait surgir un nouvel élan vers la nature qui est sans défauts parce que sans qualités, sans barbarie parce que sans conscience.

Après tout, on peut penser (et je l’entends souvent dire) que le personnage de Bouddha vaut bien celui du Christ, en terme de simple modèle éthique. 

C’est ainsi que beaucoup de nos enfants croient en la réincarnation des âmes, beaucoup d’entre nous se font incinérer et demandent qu’on répande leurs cendres sur tel rivage ou glacier cher à leur cœur, la sagesse est à la mode avec la vogue de Spinoza, et le cinéma, art de masse, contribue à ce mouvement.

Des religions immanentes proposent elles aussi un sens pour la vie, et c’est bien de cela que nous avons besoin. Aussi, peut-être notre destin est-il de nous orientaliser dans l’avenir proche, contrairement à ce qu’écrivait Husserl : les autres peuples s’occidentalisent mais « nous ne nous indianiserons jamais » (La crise des sciences européennes et la philosophie transcendantale).

Ainsi, allons-nous redevenir païens, revenir à la soupe primordiale ? Pas forcément. Car les choses sont plus compliquées. Nos esprits se tiennent dans l’incohérence. Car si nos contemporains sont prêts (probablement sans état d’âme) à perdre cette religion transcendante et monothéiste qui marque nos origines, ils ne sont pas du tout prêts à perdre ce que l’on peut appeler les fruits, autrement dit, tout ce que cette religion a laissé en terme d’éthique et de culture.

Désignons cette incohérence en quatre points précis.

Premier point : la dignité humaine. C’est le point fondamental, car la seule certitude morale absolue qui nous reste, c’est l’horreur devant la schoah. Nous savons intrinsèquement qu’on ne doit pas traiter les humains comme de la viande. Mais nous avons perdu les fondements de cette certitude (l’homme est digne absolument, parce qu’image de Dieu). Aussi nous ne sommes plus capables de maintenir la cohérence de cette certitude. Tantôt nous mettons en cause la royauté de l’homme (« droits des animaux »), tantôt nous prétendons que l’humain n’est qu’un assemblage de physico-chimie, ailleurs nous appelons de nos vœux la venue de cyborgs immortels, mi-humains mi-machines. Autrement dit, nous tenons profondément à cet humanisme de dignité ontologique et de royauté que nous a transmis le christianisme, mais nous ne sommes pas capables d’en maintenir la cohérence et nous le mettons en cause par toutes sortes de mesures et d’aspirations qui pourraient préparer les schoah à venir (les tyrannies jeunes comme les fleurs, dont parlait Chesterton).

Deuxième point : la question de la vérité. Celle-ci est une invention judéo-chrétienne, préparée par les Grecs (Parménide, Hérodote, Platon). La vérité suppose à la fois l’exclusivité (les contradictoires ne sont pas vrais à la fois) et l’universalité (ce qui est vrai ici l’est partout, dans les mêmes conditions). On se rend compte que nous tenons beaucoup à l’universalité : nous voulons passionnément que les droits de l’homme s’étendent partout, nous ne considérons pas du tout que ce sont juste des principes particuliers, faits pour nous seulement ; par ailleurs, nous tenons à la science, qui ressort par définition aux vérités universelles. Et pourtant nous rejetons la vérité, parce que nous la considérons comme fanatique (elle l’a été en effet !). Nous rejoignons sur bien des points l’usage anciens des mythes ni-vrais ni-faux sur lesquels les anciens fondaient leur morale.

Troisième point : nous tenons à la liberté d’autonomie, à la conscience personnelle, qui ont été fondées en Occident, à partir d’une cosmogonie dans laquelle un Dieu confère la liberté à ses créatures. C’est à partir de cette histoire originelle qu’apparaît ici (et nulle part ailleurs) la démocratie moderne, d’abord dans les monastères, puis dans les villes italiennes et ensuite dans la Magna Carta de 1215. Or nous tenons passionnément à la démocratie. Mais nous ne voulons pas défendre les fondements de la liberté et de la conscience personnelle. Quels sont ces fondements ? Le mariage monogame et la présence du père pour permettre l’émancipation des enfants (la polygamie et l’absence du père exige des pouvoirs autoritaires). Ensuite, le risque que supposent les décisions de la liberté. Nous ne voulons plus assumer ces risques : nous cherchons des sociétés sécuritaires où tout est appuyé sur des protocoles et non sur des décisions. Nous défendons le consensus, qui est l’envers de la démocratie.

Quatrième point : la vision du temps. Le judéo-christianisme, pour la première fois (avec peut-être une exception fugace chez les anciens perses mazdéens) abandonne le temps circulaire que l’on trouve partout, et inaugure le temps fléché, qui correspond à l’apparition de la transcendance. Le temps fléché est vecteur de l’espérance du Salut, puis, à partir de la modernité, le vecteur des pensées du progrès. Or ici aussi apparaît une incohérence étrange. Nous ne voulons pas abandonner les pensées du progrès, ni le temps fléché de l’espérance, mais en même temps nous sommes attirés par une nouvelle vision du temps la catastrophisme, qui réinstaure un temps circulaire (mythes du combat ordre/chaos). Tous les discours écologistes ou non, inaugurés ou non par Gunther Anders, sur le temps du délai et le temps de la fin, sur les catastrophes prochaines, marquent une sortie du temps fléché. Pourtant, nous sommes profondément attachés au monde de l’espérance.

Si nous voulons que les humains ne soient pas traités comme de la viande, il faut leur conférer une valeur spirituelle. Si nous voulons nous prévaloir de principes universels, à diffuser dans toutes les cultures, il faut accepter l’idée de vérité. Si nous voulons la liberté d’autonomie et la conscience personnelle, il faut accepter à la fois le risque de la pensée, la querelle démocratique, et la paternité. Si nous voulons sauver le progrès et l’espérance, il faut sauver le temps fléché avec tout ce qu’il suppose de confiance en soi et en l‘avenir.

Tous ces principes, auxquels nous tenons tous, sont les fruits du christianisme et ne relèvent que de lui. Aucune autre culture ne les porte.

Je veux dire que le christianisme est l’esprit des lieux. Même s’il ne se dit pas, il inspire en grande partie nos évolutions. Il arrive d’ailleurs souvent qu’une remise en cause culturelle ne soit rien d’autre que l’exigence d’une mise en cohérence de la société avec des principes chrétiens : par exemple, Mai 68 comme récusation du paternalisme sous-entendait la prise en compte de l’éducation comme volo ut sis.

Au moment où il devient véritablement une minorité, le catholicisme est en plein essor en France.

L’époque des années 60-70-80 a été caractérisée par l’influence marxiste qui a étendu son emprise sur les catholiques, clergés et laïcs.

En France il a fallu attendre la chute du mur de Berlin pour que le marxisme s’efface, et de même pour une partie des clercs et des laïcs chrétiens. L’Eglise a suivi le mouvement général. Cependant il s’est passé ceci : les Chrétiens de gauche sont restés de gauche, mais très souvent ont cessé d’être chrétiens (phénomène bien analysé par JF Schlegel dans       ). Cela tient probablement au fait que le christianisme socialiste (au sens du socialisme réel) est un produit chimique instable, qui disparaît dès qu’on ne le regarde plus – l’incohérence est sa loi.

Il est arrivé alors quelque chose d’inattendu. La jeune génération, celle à laquelle les parents soixante-huitards n’avaient rien voulu transmettre, s’est levée pour nous donner le spectacle d’un renouveau impressionnant. Est-ce la génération des JMJ ? Où donc ont-ils trouvé ce que personne ne leur donnait ? Toujours est-il que depuis la Manif-pour-tous jusqu’aux Veilleurs, des dizaines de milliers de groupes et d’associations de jeunes catholiques naissent et foisonnent depuis quelques années. C’est un catholicisme assez traditionnel et fervent, que j’appellerais néo-conservateur. A ce point que nous avons aujourd’hui chez les catholiques français un sourd combat de générations, entre les anciens soixante-huitards encore socialistes, et les jeunes néo-conservateurs (il suffit de regarder l’ordre des Dominicains et ce qui s’y passe).

Je qualifierais de deux manières ce catholicisme nouveau.

Il est personnel et jamais social. C’est l’inverse du maurassisme dont j’ai parlé. On ne va pas à la messe pour le rite social. La ferveur religieuse est patente. Les prie-Dieu avaient été supprimé dans les années 60 dans toutes les églises, alors tous les fidèles de la jeune génération s’agenouillent sur le sol. On vit sa foi à travers des associations de toutes sortes (professionnelles, idéologiques, caritatives etc). Par exemple, une centaine de jeunes catholiques paroissiens de Saint Séverin se retrouvent le soir une fois par quinzaine pour aller évangéliser dans la rue : jamais un groupe pareil n’aurait existé il y a trente ans. Et tout est à l’avenant.

Il est minoritaire et mal-aimé par l’opinion. Les catholiques sont en France des habitués du Ketman : pratique de la dissimulation de sa propre pensée, qui prend sa source en Perse (pour les hérétiques de l’islam, devant les syncrétismes islam/bouddhisme). Celui qui pratique le Ketman doit savoir feindre et se taire. Il apprend dès l’âge le plus tendre qu’on n’affiche pas ses convictions religieuses dans la sphère publique, et même qu’on doit les cacher, faute d’être vu comme un débile léger. S’il est lycéen ou étudiant, il apprendra à rédiger ses devoirs en taisant ses convictions et en développant celles qu’il n’a pas. Autrement dit, dans un pays athée les catholiques sont des agents secrets de Dieu.

J’ajoute à ce propos que si les laïcs ont bien intériorisé le statut de minoritaires, il n’en va pas forcément de même pour les clercs, qui ont tendance à se comporter comme si nous étions toujours en chrétienté (le clergé français cherche toujours à être à la hauteur du moderne, et à ce titre, la passion pour l’art contemporain a remplacé l’attirance pour le marxisme). Le statut de minoritaire est très spécifique, et nous devons l’apprendre des Juifs ou des Protestants. Quand on est majoritaire, la tolérance, l’humilité et la discrétion, sont des vertus. Quand on est minoritaire, la tolérance n’est plus une vertu mais une nécessité ; les vertus sont l’équanimité, la patience et la persévérance. L’agent secret doit éviter la paranoïa.

Je me demande par ailleurs si la proximité de l’islam n’est pas pour quelque chose dans le renouveau du catholicisme en France. L’islam est en permanence grandi et porté au pinacle par les médias, et la jeunesse de France doit se rendre compte même obscurément que sans un catholicisme fort, nous assisterons au triomphe de l’islam. C’est aussi pourquoi je crois que le Christ redevient une valeur sûre, si je puis me permettre ce langage décalé. La biographie du Christ ne s’appelle pas « Histoire des razzias ». Il ne condamne jamais. Impossible de trouver une faille dans cette perfection éthique, ni une incohérence entre la parole et la vie. N’importe quel humain a envie de lui ressembler, parce qu’Il est la quintessence de l’homme de bien. La sagesse païenne éthérée et rationnelle ne tiendra pas le choc face à l’islam : il est bien possible que toute une génération soit en train de s’en rendre compte.  

Diognète : les chrétiens habitent les villes et ont une citoyenneté paradoxale = citoyens de la cité céleste, qui contribuent ainsi à la cité terrestre (cf Wiechert)

Peut-être bientôt un grand moment catholique ?

les catholiques n’ont à vouloir ni la puissance ni le pouvoir. Ils veulent convertir les cœurs. Leur but est l’acte même de visée des principes originels : « marcher tout doucement vers une fontaine ».


[1]C’est lui qui souligne, Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle, Pléiade p.703

2019-01-12T16:54:12+00:0012 janvier 2019|Uncategorized|