Colloque Les âges de la vie Novembre 2021, Institut de France

La condition d’un être qui devient

 

On peut décrire les âges de la vie comme des variations sur la condition générale de l’humain sur la terre.

Inscrit dans le temps, l’humain est un être qui va. Son existence peut être un chemin d’épines ou un chemin de croix, une expédition, une épopée, en tout cas l’existence est un voyage.

L’existence singulière est une aventure, avec ses aurores, ses épreuves et ses attentes.

J’ai choisi de prendre en compte trois points particuliers pour tenter de comprendre la condition générationnelle :

  • L’appréhension du temps
  • L’expérience de la vie
  • Le déploiement de soi

 

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L’appréhension du temps

 

La relation de l’existence au temps, tout au long de la vie, peut se comparer à la vision d’un horizon qui peu à peu se matérialise puis se rapproche jusqu’à l’étouffement.

 

Un être jeune est comme un cheval sauvage dans la nature illimitée, auquel on n’aurait pas encore construit son corral. Nous le savons, c’est là une illusion, car l’enclos est là qui limite et circonscrit le temps de son existence : le jeune homme lui aussi va mourir, et son temps lui aussi est compté. Mais il l’ignore. Ou plutôt, il le sait, mais de façon si lointaine, si abstraite, si confuse, que tout se passe comme s’il l’ignorait. Il n’y pense jamais. C’est une réalité sans contour ni expérience ni savoir, ainsi la conscience ne l’intériorise pas, ne la saisit pas avec les images de l’expérience. On ne « connait » la mort que par la crainte qu’on en a. Et la jeunesse ne la craint pas (sauf exceptions), en raison de la distance. C’est pour elle une réalité qui demeure extérieure à soi, inquiétante mais étrangère, comme une maladie qui n’arriverait qu’aux autres. Car l’être jeune s’en juge épargnée (ce qui hélas n’est pas toujours le cas), et se tient sur le bord de cette réalité comme au spectacle, quand on n’est pas soi-même comédien et qu’on regarde avec des yeux gourmands et désintéressés. Pour lui le temps s’étend à l’infini, il n’y a pas de terme à l’existence mais un horizon très lointain, brumeux, et signifiant dans son imprécision même qu’il n’y a pas de terme. L’illimitation du temps signifie que les possibilités sont inépuisables, et que finalement, tout est possible (Qu’on prodigue le temps, tout le possible arrive, Hérodote). D’où la prodigalité et même le gaspillage de vie et de force auquel peut s’adonner un être jeune, inconsciemment persuadé que la sève et l’énergie se régénèrent toujours et que rien ne peut les épuiser.

 

L’appréhension existentielle de la clôture, peut advenir très tôt ou très tard, progressivement ou d’un seul trait. Un de mes fils m’a raconté qu’à l’âge de sept ou huit ans, à la suite de je ne sais quelle parole scolaire ou familiale, il avait pris conscience, profondément, qu’un jour il allait mourir, et avait connu sa première terreur existentielle et sa première insomnie.

L’appréhension du « temps qui reste » caractérise chaque âge de façon spécifique.

L’âge qui s’avance appréhende progressivement la limitation du temps, ou la transformation de l’horizon indéfini en frontière infranchissable. Cette frontière, quoique floue quant au moment de son advenue– nul sauf exception ne connait le terme de sa vie-, apparait comme le danger certain et de plus en plus proche. Le temps de l’existence se resserre autour de soi, se réduit comme la peau de chagrin de Balzac. L’adulte, et a fortiori le vieillard, sent ce rétrécissement du temps qu’il appréhende comme un rétrécissement de soi, même s’il est encore en pleine possession de ses moyens. Car on n’est jamais riche que du temps qui vous reste à vivre – au regard de celle-ci, les autres richesses valent pour rien. Ainsi, pour lui il n’est plus question de gaspiller le temps, denrée devenue rare et chère, dès lors dispensée avec parcimonie, du moins s’il reste quelque chose comme un projet à accomplir. Le temps qui reste, quelque soit sa durée en général inconnue, devient alors l’objet de desseins multiples et programmés, autant qu’investi d’une valeur nouvelle. Tel doit écrire ceci ou cela avant de mourir, tel doit se réconcilier avec un vieil ennemi, tel implorer pardon pour une faute jusque là oubliée. Ce temps désormais circonscrit, compté, centre de l’attention, est souvent vécu alors avec plus de joie que jamais auparavant. L’être humain est ainsi fait qu’il ne savoure guère le répétitif, mais si une tranche de vie, fut-elle ordinaire, lui apparait possiblement ultime, il en goutera tous les sucs avec un enthousiasme inédit. Ainsi, le sentiment de se trouver devant le temps qui reste, rend-il l’existence plus profonde en même temps que mélancolique. Chaque événement, au lieu d’ouvrir sur le futur, devient fermeture, clôt un temps ou claque une porte. Le futur lui-même n’a plus d’avenir. Chaque expression de l’amitié ou de l’intelligence peut ressembler à une épitaphe. Le monde se ferme à vous, fenêtre après fenêtre, comme un château qu’on prépare à hiberner. Ce lieu que j’aime, y retournerai-je jamais. ? Ami lointain, te reverrai-je en cette vie ? Le temps manque. Il se raréfie et se dilue. Il signifie moins, ou plutôt, il ne porte plus que des significations passées, dont sont effacées les promesses.

 

L’existence commence dans l’élan ininterrompu, l’appel de l’avenir incarné et espéré. Dans les années de la jeunesse et de l’âge mûr, le temps est un espace immense où pourra s’inscrire le possible, l’inattendu et même l’inespéré. Dans les dernières années, le regard observe chaque moment de l’existence, aussitôt vécue, qui vient à son tour s’enfoncer dans les rainures du temps. L’existence est alors vécue comme l’effondrement successif des falaises du présent. Chaque être humain, quand il a la chance de vieillir, vit ainsi ce retournement du temps, ce passage progressif de l’élan du futur à la contraction du présent. Chaque tranche du présent en s’évanouissant laisse un nuage de regret parce que sa disparition réduit encore la distance avec le terme ignoré.

Etrange est la disparition progressive de l’avenir, qui ne laisse pas place au seul présent, mais à un futur presque prévisible. Les espérances s’en sont allées. C’est une perte de soi, marquée par la mélancolie. La mélancolie, dont Aristote disait qu’elle n’épargnait jamais les créateurs[1], est la tristesse du destin. Les créateurs regardent en face le destin commun de l’humanité, la personne âgée est sommée par les circonstances de regarder en face son propre destin ; c’est pourquoi les uns et les autres sont  mélancoliques.

 

Une si différente perception du temps fait que chaque âge voit le monde à son image.

Les jeunes ne croient pas que le monde est vieux, plein d’histoire et d’expériences qui méritent d’être prises en compte. Parce qu’ils sont jeunes ils ne savent pas, ou ils n’ont pas compris que le monde, lui, est éternellement vieux. Les vieux généralisent à partir de leur cas, comme ils se détériorent ils pensent que le monde se détériore aussi, qu’il est décadent. Parce qu’ils sont vieux ils ne savent plus que le monde, lui, est éternellement jeune.

Dans la société, l’avenir et le passé quand ils se rencontrent se reconnaissent avec émoi. On prend conscience de son âge par le regard d’un enfant. Un jour, dans un bus bondé en pleine canicule, j’ai vu un garçon proposer à un vieillard sans appui de poser sa main sur son épaule pour échapper aux cahots. Le vieillard, grand et distingué, avec une gaieté malicieuse au fond des yeux, pouvait avoir quatre-vingt-cinq ans. Le garçon, beau et basané, vêtu de sport, peut-être dix-huit ans. Rapprochés ainsi l’un de l’autre, ils s’observaient, à la dérobée afin de ne pas trahir la politesse. Le vieillard regardait le garçon et pensait, nostalgique, à la jeunesse et à l’espace immense de l’avenir. Le garçon regardait le vieillard et pensait, étonné, aux années accumulées et à la mort. Deux arrêts plus tard, le garçon est sorti, et le vieillard l’a observé, disparaissant dans le désordre de la rue, comme si son passé tout entier venait de s’en aller avec lui.

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La connaissance de la vie

 

L’être humain au fur et à mesure que le temps passe, s’avance dans la connaissance du monde, puisque l’existence de l’être particulier signifie une rencontre avec le monde (ex-istence), rencontre de plus en plus approfondie. La plongée dans le monde est un embarquement sans assurance, une aventure dont nul ne sort indemne et qui brise certains d’entre nous. C’est un risque, parce que la connaissance et l’expérience détruisent autant qu’elles façonnent, défont autant qu’elles font. Qui ne voudrait retrouver pour un instant l’ignorance naïve de son adolescence ?

 

Les premières expériences de compréhension du monde peuvent rayonner d’une inoubliable magie. C’est alors une découverte qui tient du choc et de l’émerveillement, parce que la rencontre avec l’inconnu grand ouvert suscite le trouble, l’émoi, l’ivresse.

A l’aurore, la rencontre avec le monde est comme un premier amour. L’adolescent découvre la littérature ou la question de Dieu – il est, en sa propre histoire, comme étaient les présocratiques dévoilant les questions cosmologiques : transi d’effroi, exalté. Pouvoir entrer, lui si petit, dans une si grande histoire entièrement mystérieuse et profonde, lui confère une dimension nouvelle.

Pour l’enfant, le monde est à la fois tout entier mystérieux et tout entier connaissable. Si lui ne sait rien, en revanche il croit que ses parents savent tout. Aussi la rencontre avec le monde consiste-t-elle à comprendre qu’il y a des mystères insondables, à acquérir cette proximité mortelle avec les questions qu’on sait trop brulantes pour nos mains, trop lumineuses pour nos yeux, trop vastes pour nos esprits étroits. L’expérience a pour rôle principal, peut-être, d’évaluer maladroitement la part d’ombre, celle qui nous échappe, et d’apprendre à se tenir contre elle sans récriminer, parce que là probablement est le trésor. Autrement dit, par la connaissance chacun apprend moins les conquêtes que les béances du monde, moins ce qu’il peut posséder que ce qu’il ne possèdera jamais. L’apprentissage du monde est un renoncement.

 

L’apprentissage de la nuisance, la connaissance du mal, représente sans doute la pointe la plus acérée de l’expérience du monde. La douleur est chose intime et parfois subjective. Mais le mal venu de l’autre engendre la conscience d’un monde hostile. La blessure portée ouvre un abime.

Paul-Louis Landsberg, dans un magnifique chapitre de son Essai sur l’expérience de la mort[2], décrit l’après-midi du taureau dans l’arène comme une image vivante de l’existence humaine. Quand la porte s’ouvre le taureau surgit dans un jaillissement de poussière et d’écume, propulsé vers le monde extérieur en conquérant. Il ne cesse de courir et de manifester sa force et sa certitude d’être, lorsque tombent sur lui les premières banderilles. Il en est étonné mais sa vigueur se multiplie dans l’épreuve. Puis arrive le moment crucial, moment intérieur : « un sentiment pénible apparait. Le jeu est truqué ». Voilà bien la révélation décisive, qui fait passer d’un âge à l’autre : le jeu est truqué – on ne peut vaincre le mal, qui est partout.

 

Plus la vie passe et plus le monde est plein. C’est finalement une impression d’encombrement, de surpoids : chaque événement en rappelle un autre et les lieux sont peuplés ; dans la ville connue et aimée, on a le sentiment de ne plus pouvoir caser un souvenir de plus. Mais l’encombrement n’est pas la plénitude. L’esprit du vieillard ressemble à ces brocantes surchargées où l’on ne sait plus ce qui vaut ou non d’être sauvé. Son expérience vaste et profonde peut se transformer en sagesse, et c’est bien ce que l’on a envie de lui souhaiter. Le monde est alors mis à distance, et ses aspérités effacées.

Le danger de l’emplissement est d’afficher complet, de comprendre le soi comme une satiété. La plénitude n’est pas la paix rassasiée. Une sagesse, si tant est qu’elle existe, consiste à cohabiter sans rancœur avec ces questions existentielles qui laissent toujours l’esprit et le coeur intranquilles. Toujours les mystères nous dépassent. Ils peuvent nous broyer. Mais nous pouvons aussi les entourer d’une sorte d’affection humble, comme on peut aimer un de ses enfants qu’on a du renoncer à comprendre, un enfant impénétrable. Les mystères apparaissent alors comme un puits dans le jardin. Le jeune homme s’agace de cet abime secret, et voudrait y descendre pour le sonder. Mais l’homme mûr s’est installé près du puits et médite sur la profondeur. Il ne sait rien, mais il sait la familiarité du mystère.

 

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Le déploiement de soi

 

Nous ne croyons pas en Occident, comme chez les asiatiques, que le moi serait impermanent [3].

La croyance en la personne, d’origine hélléno-judéo-chrétienne, suppose une unité de l’individu dans le temps. Cependant cette unité est seulement ontologique. Dans l’existence, elle se gagne et se façonne. Elle exige du temps pour se construire. C’est l’œuvre d’une vie. Autrement dit, elle est à la fois une croyance et une promesse. L’unification de la personne à travers le temps, par la liberté et la responsabilité, témoigne de ce qu’on appelle la dignité personnelle.

L’être humain se façonne en façonnant des oeuvres. Autant dire que son souci est la construction, et son ennemi : le chaos.

Construire ! Edifier un projet, une aventure, un amour, en tout cas un monde dont il est l’auteur, un monde structuré et pérenne. Passer du chaos à la cohérence du monde et de soi. Mais le chaos demeure là, sous-jacent et menaçant. Il faut édifier des monuments toujours précaires, toujours guettés par le désordre. Chaque monument peut se dissoudre nuitamment, à la faveur de l’inattention. L’amour se défait de négligence, l’ami meurt dès qu’on cesse de penser à lui.

 

Chaque âge se définit et se décrit par sa disposition et son attitude face au chaos substantiel. L’enfant est un éparpillement de sensations et de sentiments.  Il vit dans un monde qu’il ne nomme pas ni ne reconnait. L’adolescent est un éparpillement de significations, de passions et de pensées défaites. L’adulte est celui qui nomme et hiérarchise. Il ne crée pas son monde, qui lui préexiste – mais en apprenant à le connaitre il l’ordonne ou plutôt le ré-ordonne, et à cela servent ses années. Malheur à celui qui meurt sans avoir fait reculer le tumulte, fut-ce d’un iota. L’existence est une lutte contre le chaos, et la progression de l’âge traduit un effort pour circonscrire et faire reculer la confusion. Nos constructions demeurent toujours incertaines et précaires. A chaque moment s’ajoutent des éléments, et d’autres se perdent. Chacun d’entre nous passe son existence à reconnaitre l’inconnu mêlé au connu, à ramasser autour de soi les fragments de ce qui s’égare. Il faut identifier les sentiments, les peurs, les capacités, les échecs. Nous trions, recollons, rétablissons sans trêve les hiérarchies et les repères. Il faut apprivoiser le nouveau et le juger. Il faut déceler l’inacceptable. Nous avons deux adversaires : le labyrinthe, où le sens se dissimule ; et le désordre, où le hasard gagne. L’œuvre façonne son auteur en même temps qu’il la façonne. Chacun devient ce qu’il peut être en ramenant sa vie autour de soi, et se construit autour d’un axe mobile, mais non brisé. L’œuvre d’existence exprime un destin, non au sens de fatalité, mais comme histoire signifiante. L’homme sans œuvre n’a pas de destin : une histoire seulement. Le malade du destin, dont parlait Szondi, était un homme à l’histoire hachée. L’homme est auteur autant qu’acteur. En agissant il peut laisser derrière lui une architecture qui lui survit. La réalité de l’œuvre indique son auteur et le désigne. Ainsi, l’œuvre hisse l’homme à l’existence, en le nommant comme auteur. Il se définit par son œuvre, et sinon, ne saura jamais qui il est.

 

L’œuvre d’existence laisse un ordre dans le désordre du monde. C’est une fleur sur le tumulte. Un sens au milieu du non-sens. Même si l’œuvre ne produit rien d’immense, elle rend compte mystérieusement de ce qu’est l’homme sur cette terre. Par elle, l’homme se définit comme celui qui tente d’échapper au chaos de la contingence, à dominer l’écoulement du temps ; celui qui fait régresser l’absurde en ramassant autour de lui ce qui s’éparpille. Puisqu’il doit sortir un jour de la scène, ce sera, espère-t-il, en abandonnant derrière lui un signe de sa présence, trace infime, mais signifiante : une existence nommée. Il pourra donner un nom à sa vie (Marc Aurèle : « la vie est une guerre et un séjour étranger »). L’œuvre d’existence représente le reflet de son auteur, et demeure après lui, comme si l’image persistait dans le miroir une fois le personnage disparu. L’existence vécue comme le façonnement d’une œuvre raconte un combat contre le chaos originel et permanent. Jeune, il prend des coups et plus âgé, il porte partout les cicatrices des coups anciens et récents, les traces sur le corps et sur l’âme, parce que l’existence au sens de la construction, est une lutte intrépide. C’est pourquoi le grand âge est à la fois marqué et libéré, portant les signes du façonnement de l’œuvre d’existence et libéré de ses combats, comme le dit William Blake dans l’Evangile éternel :

« Hier soumis, voué au péril de sa route,

L’homme juste allait d’un bon pas au long

De la vallée de la mort. »

Autrement dit : hier soumis par les exigences de l’édification, il marchait aujourd’hui dans les allées du temps sans contrainte aucune.

 

 

L’appréhension du temps, l’expérience de la vie, le déploiement de soi, ne sont pas des étapes, mais des plans emboités qui s’avancent ensemble et contribuent au devenir de cet être qui ne grandit pas seulement biologiquement. On peut croire (je ne suis pas éthologue) que chez les animaux supérieurs se développent déjà des formes primitives de l’appréhension du temps et de l’expérience de la vie. Mais le déploiement de soi, la construction des œuvres de vie, représente un processus déjà moral et pas seulement cognitif : au sens où la cohérence et l’équilibre sont en général considérés comme un bien, et le chaos, comme dommageable. C’est pourquoi, si l’appréhension du temps et l’expérience de la vie se déploient de façon quasi instinctive, la construction des œuvres de vie relève de la volonté morale. Certaines personnes terminent leur vie biologique nantis d’une histoire dispersée.

Ces trois plans emboités s’en adjoignent un autre : l’acquisition de la maturité. La maturité est un grandissement moral, parce que l’enfant est narcisse, et devenir adulte consiste à maitriser ses désirs et à se dégager de la figure tutélaire de la mère, censée assouvir tous les désirs. Comme processus moral, la maturité n’est pas systématique. Un individu peut traverser les années en vieillissant sans grandir, et il ne suffit pas de prendre des rides pour acquérir la maturité – nous avons tous connu des vieillards immatures, des vieux bébés. Cependant on peut avoir l’impression que l’âge des Lumières, en principe compris comme l’âge de la maturité (Kant), produit aujourd’hui a contrario des cohortes de Peter Pan, ces êtres inachevés qu’on appelle des adulescents. Peut-être nous trouvons-nous devant des générations qui n’aiment pas assez le monde pour accepter de grandir. En tout cas, la question du grandissement, de la maturité, est devenue une question politique.

 

[1] problème XXX

[2] Le Seuil 1993, p.77 ss

[3] le sinologue Jean-François Billeter a retracé les mésaventures historiques de la notion de personne et d’impersonne en Chine