Conscience et Normativité

prononcé à l’Académie des Sciences morales et politiques le 24 mai 2013 à l’occasion du colloque organisé par Jean Baechler

Conscience et Normativité

Chantal Delsol

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La conscience morale est une instance qui manifeste et signe la liberté humaine. Dans ce monde marqué par la contingence, l’homme est cette créature capable de maîtriser en partie son destin, jouant sur la multiplicité des possibles. L’action humaine est une action libre. Elle se décompose, déjà selon Aristote, en trois moments : délibérer, décider, accomplir. Dans la délibération, la conscience connaît et juge, évalue, pèse. Dans la décision elle tranche, c’est à dire écarte : la décision est élection et donc renoncement.

Il faut une mesure pour évaluer. Il faut des critères pour juger. La rose est sans pourquoi, mais la décision de conscience ne saurait être sans pourquoi. Tout choix s’effectue selon des critères, des normes qui confèrent raison au choix.

Les normes qui guident la conscience, forment des mondes ou plutôt s’inscrivent dans des cosmos culturels. Les normes morales de chaque cosmos culturel correspondent à l’anthropologie de ce cosmos, à ses mythes cosmogoniques, à ses visions du gouvernement, à ses religions. On peut dire que le propre d’une culture est d’engendrer des normes, des règles d’action. Les normes guident les choix moraux des individus, et elles font société, elles tissent des actions qui font lien parce qu’obéissant aux mêmes critères. Les cosmos culturels diffèrent. Il serait difficile pour nous de vivre avec les normes de cette tribu de Bornéo, où il est convenable d’apporter à sa fiancée, comme cadeau, la tête d’un ennemi. Au-delà ou en-deçà des Pyrénées, les critères varient plus ou moins.

Un ensemble normatif se fonde sur sa vision de l’homme, de son origine, de son histoire et de sa destinée, pour déterminer ce qui porte valeur, voire ce qui est sacré, et la cohérence de ses normes s’organise autour du sacré et du tabou. Les variations culturelles évidentes, et parfois si troublantes, n’empêchent pas l’existence de normes universelles. Les définitions du Bien et du Mal sont partout les mêmes : le Bien est ce qui unit (l’amour, la paix, la solidarité…), le Mal, ce qui sépare (la haine, la guerre, la calomnie…). Nulle culture ne valorise la haine. Tous savent qu’il faudrait porter secours au noyé au lieu de lui enfoncer la tête sous l’eau. Ce qui nous incite à traiter le nazisme comme le mal absolu, c’est cette inversion/perversion des pôles universels du Bien et du Mal, qui font que là, la haine est légitimée. Ainsi les normes morales humaines portent-elles l’empreinte de la valorisation du lien entre les humains.

Mais comment se tissent les relations entre la conscience et ses normes ? Ces dernières ne sont qu’indicatrices. Elles proposent et font connaître, mais n’imposent pas. Le feraient-elles, la conscience disparaitrait du même coup, puisqu’elle est une instance de décision. Pourtant, avec le temps les normes se structurent et se donnent une cohérence. Elles se solidifient en devenant traditions, rites, et habitudes. Il arrive qu’en face d’elles la conscience se révolte (Wycliff). Il arrive aussi qu’on doive mourir pour elles (Antigone : la loi coutumière). D’un côté le cosmos normatif rassure la conscience et la fortifie. D’un autre côté le cosmos normatif restreint la conscience et peut aller jusqu’à l’asservir. L’histoire morale est toujours l’histoire de la relation de la conscience avec ses normes. Je voudrais ici évoquer quelques grandes lignes de cette histoire.

 

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Sur quoi reposent les normes grâce auxquelles la conscience trouve des critères pour trancher ?

La trace des normes est aussi ancienne que l’homme. Ce n’est pas nous qui faisons la morale, c’est elle qui nous fait. Peut-être la norme morale la plus ancienne et la plus partagée est-elle la règle d’or. Il y a peu d’années, le philosophe Olivier Roy a publié un ouvrage d’une grande érudition sur l’énoncé et l’utilisation de la Règle d’Or dans tous les temps et tous les lieux. Mais enfin c’est une règle trop générale pour servir directement la pratique d’une société.

Tous les peuples érigent un cosmos de normes (ce que nous pourrions appeler un ordre moral, mais cette expression est devenue péjorative en Français). Et tous l’appuient sur des mythes et des traditions, les uns et les autres enchevêtrés.

Les mythes sont des récits visant à rendre compte des origines, et entr’autres des origines de la morale. Pas une culture qui n’ait sa cosmogonie. Les mythes racontent les aventures passées et érigent des exempla sous forme de personnages dont les actions sont édifiantes. Bien avant d’être dogmatique, la norme morale est existentielle : c’est un homme qu’on imite avant de respecter un précepte. Les personnages d’Homère vont incarner les vertus grecques pendant des siècles. On exhorte l’enfant à l’effort et au courage en lui présentant l’image enviable d’Achille au pied léger. Il n’importe pas qu’Achille ait ou non véritablement existé : le mythe n’est ni-vrai ni-faux, il est indifférent à la question de la réalité, ici il est édifiant.

A travers les mythes émergent des traditions, c’est à dire des certitudes enracinées et parfois inconscientes, qui se transmettent et dont la valeur est permanente à travers les générations.  Elles sont reçues d’ailleurs, c’est à dire des anciens (palaioi), et d’avant. Reçues sans contestation : les normes traditionnelles sont objet de croyance. Les traditions sont des biens confiés, inaltérables, ils n’évoluent pas (pas de progrès) et au contraire doivent demeurer tels quels. Elles reposent sur l’autorité des anciens, ceux qui sont proches de l’origine (palaioi) et donc proches des dieux. Elles sont valables parce qu’elles sont là depuis toujours. Ici c’est la permanence qui fait la valeur. Le cosmos normatif est alors nourri, composé de traditions.

Avec l’apparition de l’idée de vérité (Parménide, Platon, le judéo-christianisme), les normes morales vont trouver leur fondement dans des vérités de foi, qui vont elles-mêmes devenir des traditions, tout en demeurant des vérités. L’âge des mythes s’efface, au moins en ce qui concerne le monde normatif. Pour donner un exemple caractéristique, le personnage édifiant pour la vertu de courage, Achille au pied léger, était un mythe ni-vrai ni-faux et non un personnage donné forcément pour réel et historique – cela n’avait aucune importance. Au contraire, le Christ comme modèle existentiel est considéré comme un personnage réel et historique.

Les principes fondamentaux, ou normes, reposent alors sur des socles de vérité. Pour prendre un exemple déterminant : la dignité humaine inaliénable repose sur la création par Dieu d’un humain à son image (« et comme à sa ressemblance ») : l’homme possède donc une part de divin, ce qui affirme sa dignité. Le principe d’égalité ou d’inégalité, dans les religions reposant sur des vérités, est légitimé par le sentiment de Dieu face à sa créature : chez les chrétiens, « il n’y a ni homme ni femme… tous sont égaux sous le regard de Dieu » (Paul) ; chez les musulmans, « Dieu a une préférence pour les hommes » (Le Coran).

Un certain nombre de principes normatifs affirmés par les Grecs et fondés par eux sur des mythes, vont être réaffirmés par le christianisme, mais cette fois fondés sur des vérités. La dignité humaine chez Eschyle : « c’est maintenant que je ne suis rien, que je me sens le plus un homme », de mythe devient vérité. Le Grand Mythe de Platon (création : le Timée ; chute originelle : le Banquet ; rédemption : le Gorgias, la République, le Phèdre) considéré comme pré-chrétien (Joseph Peiper) passe du mythe à la vérité.

 

 

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Pendant que les normes voient évoluer leurs fondements, en tout cas en Occident, la conscience morale évolue elle aussi, transformant les relations qu’elle entretient avec ses normes.

La société « holiste » (Louis Dumont) est décrite comme la société où toutes les vaches sont noires, société organique, habitée de membres peu différenciés et plus ou moins interchangeables. Si je lis par exemple Les livres de morale révélés par les dieux, ouvrages de morale chinoise, manuels d’exhortation morale présents depuis le Moyen-Age, j’y trouve partout l’idée selon laquelle la responsabilité de l’homme est collective : si tu fais le mal, tu en porteras la faute devant la Bureaucratie Céleste, mais tes enfants aussi en porteront la faute.

Pourtant, la conscience individuelle, capable de s’opposer au cosmos normatif, a une histoire aussi longue que celle de l’homme. Elle apparaît déjà entière et bien légitimée dans les anciennes sociétés holistes : chez Confucius (je me réfère à Simon Leys, Essais sur la Chine p. 646 : « Le devoir de l’intellectuel-homme d’Etat est de servir le souverain dans la mesure où le comportement et les décisions de ce dernier demeurent en harmonie avec les règles morales qui fournissent un critère stable et permanent pour juger toute politique. En cas de conflit entre l’univers moral et l’univers politique, le lettré confucéen doit, comme l’a dit Xun Zi en termes clairs et forts, obéir aux principes et désobéir au Prince ».), chez les anciens (Antigone). Elle exprime alors la rébellion de personnalités hors du commun. Chez Confucius,  celle du sage. Chez les Grecs aussi (Socrate invoque son daïmon qui l’incite à choisir la mort plutôt que l’exil), mais le fait que Sophocle ait placé la haute conscience rebelle dans une fillette fragile, marque déjà un changement qui anticipe le christianisme.

La conscience individuelle, celle qui peut se heurter à l’appareil normatif, n’a pas été inventée par les judéo-chrétiens, mais ce sont eux qui la conceptualisent et la légitiment. La description chrétienne du Jugement dernier atteste la fin de la responsabilité collective (devant la vision de mon passé de pécheur, je ne pourrai certainement accuser personne à ma place), et la responsabilité collective disparaît peu à peu dans les sociétés correspondantes. Mais aussi, et c’est très important, la conscience individuelle comme capacité de se lever contre l’appareil des normes, devient une capacité humaine universelle, et non plus la grandeur d’une élite de sages ou de fous – la conscience personnelle pour tous et pas seulement quelques uns (ce sont les Chrétiens qui ont inventé le « pourtoussisme »).

La conscience morale devient l’honneur/dignité ultime de la personne, sa transcendance, qu’on ne peut lui enlever – car elle peut ainsi quêter la vérité morale qui n’est pas donnée d’emblée. Elle importe plus que les normes.

Le développement de l’individualisme (floraison de l’éducation pour des couches de plus en plus larges, élargissement du nombre des gouvernés, prélude à la démocratie) traduit la possibilité d’un combat permanent de la conscience contre les normes construites, reçues et transmises. La conscience individuelle apparaît comme une instance vouée au tragique – le tragique étant précisément la quête désespérée d’une norme introuvable, et la nécessité, dans les cas limites, de décider sans norme. C’est pourquoi la modernité, et plus précisément le XX° siècle, exprime une nostalgie douloureuse de la communauté holiste où les cosmos normatifs n’étaient pas questionnés (en tout cas selon l’idée que l’on s’en fait). Les idéologies, totalitarismes et utopies du XX° siècle construisent ou racontent des sociétés où la conscience individuelle demeure tranquille dans l’obéissance absolue au cosmos normatif, avec lequel elle a trouvé la paix (les écrivains de l’utopie s’emploient à montrer à quel point cette tranquillité est mortelle, en dépit de son apparence enviable : Zamiatine décrit un héros chez lequel est apparu, comme une maladie honteuse, une conscience qu’il appelle l’âme).

La culture occidentale affirme la grandeur de la conscience même contre les normes, au point que la conscience personnelle y acquiert une stature romantique et initiatique (cf Bergson). 

 

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Je n’insisterai pas sur le rejet moderne des normes. Il faut évoquer cette étape, quoique très éphémère, parce qu’elle contribue fortement à la construction de la suite de l’histoire.

Le rejet de toute norme (ou du cosmos normatif dans son entier) et l’exaltation de la volonté personnelle débarrassée ainsi des critères, apparaît en tout cas dans notre histoire ancienne déjà chez Diogène le Cynique. On retrouve ce que certains appellent le nihilisme moral, pendant les saisons révolutionnaires – Sade, Byron, Tchernytchevsky.  Ici les récits normatifs n’apparaissent pas seulement lacunaires et désorientés : les normes sont en lambeaux, et ne figurent là que pour leur assassinat. On ne peut pas parler ici d’une conscience seule et sans normes : car une conscience se définit précisément par la décision libre et éclairée – et ce sont les critères, donc les normes, qui l’éclairent. Non, ici il ne s’agit plus d’une conscience mais d’une volonté ou d’un désir.

Cet épisode ne dure pas, ni ne saurait être considéré même comme une étape de la vie morale européenne. C’est un événement (au même titre que l’effondrement de l’immeuble constitue un événement et non une étape), et comme tel il est signifiant et engage de nouveaux processus d’avenir. L’homme volontairement privé de critères est un « homme sans qualité ». Son vide appelle le plein. Cependant le contenu ne sera plus le même.

Les philosophies de la destruction des normes, bien présentes depuis le XIX° siècle, n’expriment pas seulement le joyeux nihilisme, mais aussi la mélancolie de la conscience esseulée – (Sartre : dans L’existentialisme, nous sommes seuls et sans critères, ou « nous sommes condamnés à être libres »), et la quête de critères de nature et d’ordonnancement différents. Une fois passé le moment de l’enthousiasmante destruction, on sait bien que la liberté de conscience ne consiste pas à faire un choix de goût, mais à choisir ce dont on sera responsable. Le nihilisme permet seulement de déblayer le terrain. En ce moment qui hésite et tremble, on aperçoit ici ou là les prodromes de ce qui va émerger au début du XXI° siècle : par exemple chez Camus, l’attrait pour les sagesses.

 

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Aujourd’hui les normes morales ont été mises à mal à la fois dans leur contenu mais aussi dans leur forme d’appareil cohérent. Cette remise en cause ne laisse pas place au néant, mais suscite la réanimation de mythes en lieu et place des vérités qui fondaient les normes précédentes.

Les récits fondateurs de normes dans l’Occident contemporain, ont plusieurs caractéristiques. Quant à leur forme : ils sont ni-vrais ni-faux mais seulement édifiants, comme les mythes anciens. Dans leur contenu : il reprennent largement les contenus chrétiens réinterprétés par la philosophie des Lumières. En tant que cosmos : ils dessinent un cosmos peu structuré et flottant, à l’image de celui des anciens (ce qui est logique puisqu’il n’y a plus de vérités structurantes).

Reprenons les exemples de l’égalité et de la dignité humaine, redessinés dans le paysage contemporain. La dignité humaine et l’égalité en dignité sont non seulement toujours des principes de base, mais plus importants que jamais après le XX° siècle. Cependant elles ne reposent plus sur des vérités de foi, mais seulement sur la répétition des récits traditionnels et mythiques.

La morale de la modernité tardive, qui ne repose plus sur des vérités religieuses, est fondée sur des traditions récentes, mais puissantes. Nous avons nos ancêtres porteurs de principes moraux à ruminer, à exalter, à respecter. Les palaioi de Platon, les anciens, laissaient des traditions, croyances qui n’appartiennent ni à celui qui transmet ni à celui qui reçoit. Nous avons nos palaioi. Ceux par exemple qui nous laissent le principe d’égalité : « Quand l’exécution fut terminée, Sanson jeta au peuple la redingote du roi qui était en molleton blanc, et en un instant, elle disparut, déchirée par mille mains. Scinderunt vestimenta sua. Un homme monta sur la guillotine les bras nus et remplit par trois fois ses deux mains de caillots de sang qu’il dispersa au loin sur la foule en criant : Que ce sang retombe sur nos têtes ! (…) En défilant autour de l’échafaud, tous ces hommes armés qu’on appelait les volontaires trempèrent dans le sang de Louis XVI leurs baïonnettes, leurs piques et leurs sabres. Aucun des dragons ne les imita. Les dragons étaient des soldats. » (Victor Hugo, Choses vues, le temps présent I, jusqu’en 1844, L’exécution de Louis XVI).

Ces volontaires font partie des palaioi de la modernité, de même que le premier Brutus, meurtrier du roi Tarquin dans la première Rome, devint l’un des palaioi de la République.

Pas une occasion n’est perdue pour rappeler l’importance des droits de l’homme ou de l’égalité, autre mythe, et objet dans certains pays, comme la France, d’une ferveur quasi religieuse. Les archétypes historiques qui soutiennent les mythes se répètent en épisodes successifs. La Révolution française est un archétype donnant lieu à un mythe actif, soutenu par la répétition permanente de l’archétype. Comme on sait, la révolution russe de 1917 fut dans l’esprit de Lénine et Trotski une nouvelle mise en scène de la Révolution française, à laquelle ils comparaient sans cesse leur propre action. En France, les grandes manifestations de rues rejouent indéfiniment le théâtre de la grande révolution, dont la foule reprend les chansons et les slogans. La libération est un symbole actif, dont on ne se demande pas quelles sont les justifications ici et maintenant au regard de la situation, mais dont on répète la procédure avec ferveur et minutie. Le discours de Martin Luther King : «J’ai fait un rêve…» est par exemple réemployé à tout propos dès qu’il s’agit de promouvoir n’importe quelle libération. L’élection annuelle d’un prix Nobel de la paix réitère la valorisation des vertus consacrées, à travers des modèles existentiels bien choisis. On dirait une peuplade ancienne en train de répéter la scène primitive, afin de ne pas déchoir à l’accomplissement de soi.

Les commémorations d’archétypes négatifs (la lettre de Guy Moquet imposée dans les écoles par exemple) réaffirment l’indignation par sa répétition, suscitant le renouvellement de l’émotion qui est la seule «preuve» et garantie du jugement moral. Le «Plus jamais ça» indéfiniment répété à propos de la Shoah ne signifie pas: «Mettons-nous dans la tête une fois pour toutes que les humains sont nantis d’une dignité que ne possèdent pas les moutons de l’abattoir», mais bien plutôt: «Ne réitérons pas cela qui nous est insupportable.»

Ainsi, dans les périodes chrétiennes la commémoration exprime une vérité de foi, indique la réalité et la présence toujours-là de la transcendance. Tandis que, dans l’âge contemporain, la répétition de la « valeur » immanente rappelle qu’elle est elle-même le sens.

On ne cherche pas à expliquer les traditions des palaioi. On les reçoit comme des dépôts sacrés, on les transporte avec soi sans les casser, on les transmet aux suivants avec respect. Le discours des droits de l’homme à l’âge contemporain est un mythe légitimé par la seule répétition : il est absolument hors-sol, c’est à dire infondé en raison.

La relation de la conscience avec ses normes a subi dans la Modernité Tardive une transformation aussi complète que celle qui s’était produite au début de l’âge grec-chrétien. Mais à l’envers : nous avons quitté les vérités normatives pour revenir aux mythes normatifs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2013-08-29T10:44:22+00:0029 août 2013|Philosophie Politique, Toute catégorie|